Le 7 février 2012, à la Une de Libération, paraissait le Pacte pour l'égalité et la diversité. Le 8 février, aux éditions Autrement, paraissait un ouvrage intitulé Le Pacte. Pour en finir avec les discriminations, précisant et détaillant le contenu du Pacte.
Pour la première fois dans le cadre d'une élection présidentielle, une douzaine d'associations ont travaillé de manière solidaire pour lutter ensemble contre les discriminations, à l'initiative de Louis-Georges Tin, président du think tank, République et Diversité. Se fondant sur les 5 critères du droit européen, sexisme, homophobie, handicap, âge, origines, ces associations ont élaboré près de 200 propositions, qu'elles ont présentées aux candidat.es à la présidentielle. Voici donc les réponses qu'elles ont reçues.
Eva Joly
Le 27 mars, Eva Joly a rencontré les représentant.es du Pacte pour l'égalité et la diversité à la « Chocolaterie », le siège du Parti. L'entretien a été riche, et a porté sur les principaux points du programme. La candidate d'Europe Ecologie Les Verts Joly s'est déclarée tout à fait d'accord avec les propositions portées par le collectif, et a donc signé le Pacte dans son ensemble.
Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon a écrit aux représentant.es du Pacte de manière globale, lui aussi. Il a déclaré : « je peux vous dire que nous constatons de nombreuses convergences avec les mesures que vous préconisez ». Selon lui, ces convergences sont très nombreuses. Cependant, quelques divergences demeurent : « Le Front de gauche n'est pas favorable à de nouveaux avantages fiscaux pour les entreprises. Nous ne proposons pas de financer le droit à l'autonomie par une taxe sur les droits de succession. Nous ne sommes pas favorables à un capital formation utilisable indistinctement entre formation initiale et continue. Nous ne nous prononçons pas pour le droit aux origines, le développement de l'apprentissage, le financement des années d'études par un prêt étudiant à taux zéro ou une réforme de la Constitution préalable à la ratification de la Charte des langues régionales. Ces différences recouvrent le plus souvent des manières différentes de procéder plutôt que des désaccords de fond. » M. Mélenchon conlut donc en indiquant : « cela n'entame en rien notre large accord avec votre démarche et la grande majorité de vos propositions. »
François Hollande
Le collectif du Pacte a été reçu à l'Assemblée nationale par la députée George Pau-Langevin, chargée des questions de société au sein de l'équipe de François Hollande. Par ailleurs, celui-ci a envoyé une lettre qui répond de manière globale, sans entrer dans le détail des propositions. Dans l'ensemble, François Hollande est d'accord avec les préconisations du Pacte.
Mais il ne dit rien concernant un certain nombre de points importants, par exemple l'éducation à la sexualité dans les établissements scolaires, la taxation des successions pour financer l'autonomie, le prêt étudiant garanti à 100% par l'Etat, l'élargissement des statistiques de la diversité au-delà de l'usage fait par le CSA dans l'audio-visuel, la modification du code des marchés publics, le musée national de l'esclavage, l'Institut Arc-en-Ciel pour la mémoire LGBT (lesbienne, gaie, bi et trans). Par ailleurs, il s'oppose explicitement à la revalorisation de l'Allocation aux Adultes Handicapés, au nom de la crise économique.
Enfin, point le plus frappant, il ne parle pas du ministère d'Etat chargé de l'égalité et de la diversité, qui constitue la mesure phare du Pacte. François Hollande évoque plutôt le ministère pour le droit des femmes, et on sait par ailleurs qu'il envisage un ministère de l'égalité des territoires. Mais quid des autres problématiques ? Où seront traitées les discriminations liées au handicap et à l'âge ? La lutte contre le racisme sera-t-elle encore au ministère de l'intérieur, avec tous les problèmes évidents que cela entraîne ? Et la lutte contre l'homophobie et la transphobie, sera-t-elle comme d'habitude dans les limbes des ministères ? Autant de questions sans réponse. La lutte contre les discriminations risque de se retrouver encore dans un dispositif illisible, incohérent et inefficace.
François Bayrou
A ce jour, malgré les relances incessantes, l'équipe de François Bayrou n'a toujours pas répondu au collectif. Le Pacte a pourtant été envoyé depuis plusieurs mois. Première hypothèse : M. Bayrou ne s'intéresse pas beaucoup aux discriminations. Mais l'entourage de M. Bayrou s'en défend, et affirme que l'équipe de campagne est très réduite, travaille jour et nuit, et ne peut pas faire plus. Dès lors, seconde hypothèse : ce n'est pas un mythe, François Bayrou serait donc vraiment seul ?
Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy n'a toujours pas répondu au Pacte pour l'égalité et la diversité. Pourtant, les échanges ont été nombreux avec les plus proches collaborateurs du candidat-président. Ces discussions régulières ont révélé une certaine ambivalence : d'une part, un désir véritable de répondre aux questions posées ; d'autre part, un malaise aisément perceptible sur le sujet. En effet, la situation de Nicolas Sarkozy n'est pas simple, car même s'il prenait des engagements forts dans ce domaine, on pourrait aisément lui répondre : « mais puisque vous étiez au pouvoir pendant cinq ans, pourquoi n'avoir pas fait hier, ce que vous promettez aujourd'hui de faire demain ? » En d'autres termes, le bilan du président Sarkozy constitue un boulet pour le candidat Sarkozy.
Quoi qu'il en soit, le collectif du Pacte pour l'égalité et la diversité invite les électeurs et les électrices à se saisir de ces informations pour voter en connaissance de cause. Il convient de garder à l'esprit que 100% des Français sont discriminables, et que la discrimination, ce n'est pas l'affaire des minorités, c'est l'affaire de tous, et de toutes. Enfin, le collectif restera mobilisé sans son travail de plaidoyer et de vigilance à l'égard du prochain gouvernement, quel qu'il soit.