Suite aux violences et arrestations de la part des autorités russes lors de la Moscow Pride du 28 mai 2011 (voir l’article de @judith ICI), Act Up Paris a appelé à manifester à leurs côtés devant l’ambassade de Russie jeudi dernier, le 8 juillet 2011, après deux initiatives similaires à Londres et Berlin.
Jusqu’au jour de l’évènement j’avais pas trop bien compris si la manifestation était autorisée ou pas, j’ai comme à la manifestation devant l’Assemblée Nationale beaucoup hésité à y aller mais cette fois-ci pas pour les mêmes raisons : vu la galère que est pour rentrer chez moi le soir en transports et vu que je bossais le lendemain je pouvais pas me permettre de prendre des risques de me faire arrêter…
12h22 : Yagg nous apprend que cinq militants ont été arrêtés devant l’ambassade de Russie, ce qui a fini de me glacer le sang : « Nan c’est mort j’y vais pas j’y vais pas ! » me répétais-je dans ma tête ! Après tout, si la police n’a pas eu de scrupule à arrêter des grands noms du militantisme LGBT comme Nikolai Alekseev et Louis-Georges Tin, pourquoi est-ce qu’il en auraient pour un pauvre banlieusard sorti de nulle part ? Par la suite j’ai cherché un peu plus d’infos sur cette arrestation et j’ai appris qu’ils avaient subi un simple contrôle d’identité à cause d’une manifestation non déclarée (Nicolai a été gardé plus longtemps pour outrage à agent de police), en voulant donner une pétition aux autorités de l’ambassade.
Dans l’après-midi : Je suis rivé sur mon PC à enfoncer F5 (actualiser) sur mon navigateur Internet pour suivre minute par minute les évènements et les impressions de @judith et des autres Yaggeurs qui viennent à la manifestation. Je crois que la touche de clavier a pas survécu à l’après-midi…
16h50 : À moitié endormi dans mon lit, à moitié angoissé, je pars prendre mon bus. Je savais pas si j’allais prendre le risque de participer à la manifestation, je savais pas encore comment ça allait se passer, mais tout ce que je savais c’est que je ne pouvais pas rester dans mon canapé à suivre la manifestation sur mon PC, j’ai vraiment tenu à me déplacer et y aller, même si pour cela je devais rester à observer la scène à 100m de la manifestation.
18h30 : Point de rendez-vous avec les Yaggeurs au métro Rue de la Pompe. La tension commence à monter.
19h : Ou comment se faire tout un monde pour rien ! La police était effectivement là, la tension des policiers était aussi présente, mais il y avait pas plus de danger que ça, une fois de plus c’est une manifestation que j’ai beaucoup appréhendée mais qui au final s’est très bien passée ! On était tous refoulés sur le trottoir du boulevard Lannes, et tant que tu tentais pas une percée en passant par-dessus les barrières et en traversant la rue tu risquais rien, et même si l’envie t’en avais pris, t’aurais eu la chance d’être plaqué à terre, soulevé et déposé sur le trottoir par des CRS sexy (petit veinard). Le tableau de la scène était déjà peint : les barrières qui quadrillaient la rue, de l’autre côté l’ambassade de Russie qui se dresse devant nous, les militants LGBT qui tiennent des photos de militants LGBT russes, les multiples prises de paroles, les cris de protestation (« Shame on Russia ! Libérez Alekseev ! Shame, shame, shame ! La liberté ne se négocie pas ! » et autres politesses), les riverains les yeux rivés sur notre petit groupe, et les provocations de Act Up.
19h45 : La manifestation se termine. Un sentiment de grand soulagement ! On a même eu droit a une escorte des CRS jusqu’au métro, je ne m’attendais pas à ce que l’on soit traités comme des VIP c’est plutôt flatteur ! Il y a pas à dire, je me serais vraiment mordu les doigts toute la semaine de pas avoir été à ce moment fort de militantisme LGBT. Après coup j’ai regretté d’avoir assisté en retrait à la manifestation (derrière tout le groupe, sans crier ni brandir de photo), mais bon après tout j’ai relativisé en me disant que je ferai les choses par étape, à mon rythme, parce qu’après tout je m’imagine que @judith, @christophe ou @xavier ont commencé eux aussi comme cela, et qu’il y a quelques années c’était peut-être eux qui étaient à ma place, en retrait d’une manifestation pour les droits des LGBT. Act Up est une association que je ne connaissais que de nom et par Yagg, je m’attendais à ce que cela dérape mais finalement pas d’arrestation musclée, de bombes lacrymogène ou de militant tabassé. Si c’était à refaire ? Évidemment je le referai !