« En France, on peut encore être insulté, agressé, discriminé dans son travail parce que l'on est homosexuel », affirme la Ligue des droits de l'homme.
UN COLLOQUE à Sciences Po- Paris, des tables rondes dans les lieux publics, des programmes spéciaux sur Pink TV : le mardi 17 mai sera la première Journée mondiale contre l'homophobie. Lancée par les associations de défense des homosexuels, cette initiative, qui célèbre le quinzième anniversaire de la décision de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de retirer l'homosexualité de la liste des maladies mentales, est soutenue par d'autres mouvements, telle la Ligue des droits de l'homme. « En France, on peut encore être insulté, agressé, discriminé dans son travail parce que l'on est homosexuel », affirme le président de la Ligue, Michel Tubiana.
Dans son appel en faveur de cette Journée mondiale, l'universitaire Louis-Georges Tin, directeur du Dictionnaire de l'homophobie (Presses universitaires de France, 2003), rappelle que, dans le monde, au moins 80 Etats pénalisent l'homosexualité. C'est le cas de l'Algérie, du Sénégal, de l'Ethiopie, du Liban, de l'Arménie ou de la Bosnie. L'Ouganda prévoit des peines de prison à perpétuité et l'Arabie saoudite la peine de mort. Un rassemblement aura d'ailleurs lieu, mardi, à Paris, devant l'ambassade du Sénégal, pour demander l'abrogation des lois pénalisant l'homosexualité.
En France, l'homophobie reste, selon les associations, encore très prégnante. « Pour certains jeunes, le chemin est long, explique le psychologue Eric Verdier, auteur, avec Michel Dorais, d'un Petit manuel de gayrilla à l'usage des jeunes (H & 0 éditions). Ils ne savent pas comment annoncer leur homosexualité, ils ne savent pas comment la vivre, et beaucoup ont le sentiment d'être dans une impasse. Les insultes homophobes, les moqueries et les remarques humiliantes sont encore très fréquentes. »
« SIGNES ENCOURAGEANTS »
Fondée en 1994, l'association SOS-Homophobie dresse tous les ans un état des lieux de l'homophobie. Au cours de l'année 2004, l'association a reçu près de 1 200 témoignages téléphoniques ou mails, dont plus de 80 % font état d'actes ou de paroles homophobes. Ils ont pour cadre en premier lieu le travail (22 % des témoignages), puis le voisinage et les lieux publics (11 %) et, enfin, la famille (8 %). Près de 15 % concernent des agressions physiques.
L'association vient de diffuser à plus de 30 000 exemplaires un guide pratique précisant ce qui peut être fait en cas d'agression, d'insulte ou de discrimination. « Nous intervenons depuis 2003 dans les établissements scolaires et nous nous apercevons qu'il y a encore beaucoup de travail à faire, remarque le président du mouvement, Ronan Rosec. L'homophobie est loin d'être éradiquée. »
Sida Info Service, qui a mis en place deux lignes ouvertes, parvient au même constat : « Malgré quelques signes encourageants tels que les récentes avancées législatives ou les déclarations du président de la République condamnant les propos homophobes, l'actualité au quotidien montre combien l'homophobie reste un problème grave et récurrent dans la société française : agressions physiques allant parfois jusqu'au meurtre, violences verbales que beaucoup ont intégrées et vidées de leur sens premier. » Sur la ligne Azur de Sida Info Service, près de la moitié des appels expriment un « mal-être » ou une « difficulté » liés à l'orientation sexuelle et 10 % des appelants évoquent des pulsions suicidaires.