LE 17 mai avait lieu la première Journée internationale de lutte contre l'homophobie, lancée par plusieurs associations de défense des homosexuels et soutenue par la Ligue des droits de l'homme et quelques universitaires dont Louis Georges-Tin, qui a dirigé le Dictionnaire de l'homophobie (PUF, 2003).
En 2004, l'association SOS-Homophobie (numéro vert : 810-108-135), partenaire de ce documentaire, a recensé 148 agressions physiques. Homos pour cible, écrit et produit par Olivier Le Mab, et multidiffusé sur Pink TV, revient sur quatre d'entre elles, dont deux mortelles, toutes commises par des jeunes désireux de « casser du pédé ». François Chenu, battu à mort par trois skinheads, à Reims, qui attendaient, la nuit, tapis dans un buisson, que passe un Arabe ou un homosexuel ; Sébastien Nouchet, harcelé et insulté de longs mois, avant d'être aspergé d'un liquide inflammable et incendié dans son jardin de Noeux-les-Mines ; David Gros, frappé à coups de casque de moto et de barres de fer un soir dans un quartier de Marseille ; Jean-Pierre Humblot, poussé à l'eau et mort d'un arrêt cardiaque à Nancy. Parents, amis, compagnons témoignent des effets du traumatisme, de la souffrance causée par cette irruption de violence et du travail de reconstruction de soi. « Ce n'est pas pareil d'agresser quelqu'un pour lui voler son bien que de l'agresser pour ce qu'il est », résume avec justesse Louis Zollet, le compagnon de David Gros.
Le film s'ouvre sur une séance du Parlement européen en 2004, au cours de laquelle le démocrate chrétien italien Rocco Buttiglione, ex-commissaire éphémère européen, confie qu'il considère l'homosexualité comme « péché ». Et se clôt par le rappel des propos du député (UMP) du Nord Claude Vanneste, qui avait qualifié, en décembre 2004, le « comportement homosexuel » de « menace pour la survie de l'humanité ». Manière de dire que ces hommes politiques qui devraient être exemplaires dans la lutte contre cette discrimination identitaire ne valent pas mieux que ces passants, interrogés par Olivier Le Mab, dont les propos témoignent d'une homophobie « ordinaire » - « Je pense que ce n'est pas naturel. » Présidé par Me Jean-Bernard Geoffroy, l'avocat de Sébastien Nouchet, un réseau d'assistance aux victimes d'agressions et de discriminations (Ravad) a été créé, le 16 mai, à l'initiative d'une quinzaine d'associations.